Témoignage.
Il y a environ 5 ans de cela, j’avais un collègue de travail assez proche, on se côtoyait à longueur de journée. Il était en fin de formation bac+8 et une vraiment belle carrière et un confort matériel conséquent s’offraient à lui, qui en plus aimait beaucoup son job.
Il est tombé en dépression pour une raison ou une autre et était devenu colérique et bordélique sur 4-5 mois, s’y perdant un peu dans certains dossiers. Bossait comme un mort de faim jusqu’à 22h le soir parfois. Je pense que dans sa famille, il n'y avait pas que des gens tendres avec lui, puis il avait à 26a un gros embonpoint, pas de copine, etc. Mais bon, à 26a y a pas péril en la demeure, on a toute la vie devant soi, très clairement.
Tendre idée de la mère : le HP…
J’étais révolté par cela, je pestais dans les couloirs du bureau : mais que fait-il dans un endroit pareil ? En HP pour plusieurs semaines, ça va l’achever. Il va pas s’en relever, en pensant à son futur, que cela allait le poursuivre pour sa carrière, etc. Et puis il y a l’ambiance au sein du HP… Je voulais absolument le sortir de là-bas, qu’au moins il demande son transfert à la maison (mais était-ce une bonne idée de toutes façons ? Il habitait chez sa mère, qui l’a si généreusement envoyé dans cet endroit sinistre. La trahison totale…).
J’ai fait la tournée des collègues qui le côtoyaient très souvent et l’aimaient bien, de son assistante dédiée, qu’il a entièrement formée, à un autre cadre de la boîte, dont le beau-frère s’était suicidé au fusil de chasse, pensant trouver un écho pour aller ensemble lui parler, le réconforter, et tenter de le convaincre de vouloir dégager de là. Premier crève-cœur, pas une seule réaction positive. C’est que le HP cela doit exercer une force de répulsion, un dégoût total. Même sur moi, mais là je le sentais en danger réel. Un dépressif, qui a tout à perdre dans la vie, collé en HP, il est bien capable de pas s’en remettre et de se jeter par la fenêtre, tellement l’environnement est sinistre et dégradant, malsain au possible.
Comme personne ne voulait m’accompagner, j’ai pris mon courage à 2 mains, et suis allé au HP en question. Il se situe dans un hôpital public, à côté de la maternité. Je me gare près de celle-ci me disant que j’allais marcher un peu et trouver l’endroit. Il faisait très beau, mai-juin. Je ne savais pas où c’était exactement, mais j’ai commencé à me sentir soudain plutôt mal, à ressentir “de très mauvaises ondes”, sans comprendre. Sentiment très désagréable qui m’a suggéré intuitivement que je devais être à proximité. En fait je n’avais pas bien vu les bâtiments. Mais à leur vue ct clair. En plus un coup de vent frais qui sifflait cela faisait totalement ambiance de film.
Une cour et des bâtiments sales, heureusement ils étaient au fond du complexe, on les voyait pas de la voie d’accès (caché, à env. 100m, ce centre que je ne saurais voir). Des vitres calfeutrées avec de vagues panneaux de bois ou de plexi opaque posés devant les carreaux à l’intérieur… ! Totalement ambiance caserne militaire pas repeinte depuis 35 ans, genre Pays de l’Est. Ou ZUP du 9-3. Etat lamentable. 1-2 chopines vides parterre, et j’en passe. Je rentre dans une cage d’escalier. La peinture des murs, je vous laisse imaginer (craquelée). Puis une porte à l’étage recherché. Pas pensé sur le coup que ce serait une prison avec juste un judas et des barres de renfort en bois, un écriteau assez agressif sur les visites ou le droit d’entrée ou qqch du genre( ?…). Je me demandais où j’avais atterri, et avais l’estomac dans les chaussettes, et l’humeur “assez peu guillerette”… Cela faisait prison, j’ai pas osé frapper. Je suis allé à “l’accueil”. Personne, complètement vide. Sinistre-bis, genre cage d’escalier ZUP aussi. Quelques vitres fendues, bref, maintenant cela ne m’étonnait plus.
Je vois deux gus en blouse blanche qui se marraient comme pas possible en descendant des locaux. Je me demandais s’ils étaient bien normaux. C’était ambiance geôlière, sinistre totalement. Et comme dans les films : murs blancs, tout blancs, aucune couleur, rien pour trancher et mettre un peu de vie. Cela m'inspirait un orphelinat catho aux pratiques de sévérité douteuses, dans le genre. Les urgences, c’est l’école maternelle bariolée de couleurs à côté (en exagérant un poil). Je comprenais pas qu’ils ressentent pas la chose. Je me disais : mais comment peuvent-ils travailler ici, et même juste accepter d’être ici, ils sentent donc pas que cela pue le malheur lourd à plein nez ici, que c’est sombre malgré le blanc, triste au possible, et que cela refile un sale coup de cafard et un sentiment de dégoût rien que d’y être depuis 5 minutes ? Vraiment pas un endroit pour taper une discut’ sympa entres amis.
Bref le psych me dit que la personne est partie en permission du weekend 1/2 d’heure auparavant. Il devait y être depuis env. 2 semaines.
Je pars, très déçu. Puis sur le parking, je vois un gars sortir du HP. Je le regarde, me dis qu’il a un regard assez fixe de loin, pas bien vu. De plus près, j’ai presque eu un moment de peur panique. Le regard abominable. On aurait dit un robot total. Une sorte de léger rictus archi figé, la fixité absolue dans les yeux - une abomination - totalement indescriptible. Il faut le voir. Vous remplaceriez la partie du visage autour des yeux par celle d’un robot métallique, vous auriez le visage du gars. Pire qu’un mannequin en plastique de magasin d’habillement. J’ai eu peur qu’il me saute dessus dans un élan incontrôlé. Le dégoût et l’intimidation total. Je me suis dit, mais quel type de “soins” peut conduire à un tel résultat ? Qui peut prétendre que ce gars est “stabilisé”, ou quelque autre jargon d’arnaqueur de ce genre, ce n’est même plus un zombie sur 2 pattes, je saurais pas décrire, c’est too much. Peut-être de la matière en mouvement automatique. C’est horrible de dire cela de ce gars, mais faut en faire l’expérience, puis seulement ensuite s’exprimer sur la chose. Et voilà pas que le gars il prend sa voiture. Mais je me suis dit, c’est pas possible, il risque de tuer qq’un. Il doit conduire avec des sortes de réflexes conditionnés. Il est à l’ouest, pas l’ombre d’une conscience dans ses yeux. Je l’ai regardé dans les yeux qd il passait juste à côté de moi, il a pas cillé (pas même cillé avec les cils) une seule fois. C surement un danger sur la route ce mec. Enfin bref. Il me faisait pitié (et un peu peur). Il faut sacrément du vice pour oser prétendre que ce qui lui a été fait l’a été pour son bien et lui fut bénéfique. Croyez-moi, personne l’inviterait jamais à manger, pas même boire un coup en ville. Et c’est certain qu’il avait dû morfler, certainement chocs et hautes doses de bonbons bien costauds en tout genre.
J’ai raconté un peu ces expériences au collègue cadre à feu le beau-frère chasseur, il a d’abord penché en faveur de mon idée (de considérer incongru de le laisser là-bas) – comment pourrait-on résister à la description d’une telle situation - mais malheureusement s’est désisté le surlendemain. “Les psychiatres savent probablement ce qu’ils font, ce sont des médecins (ha, ces professions institutionnelles… !!), que peut-on faire de toutes façons ?”. Idée peut-être assez répandue, quelle galéjade, quel malheur ! Mais alors pourquoi n'y a-t-il pas tellement plus de visites, si c’est un hôpital comme un autre où on prend soin des gens ?… En fait, j’ai compris + tard, que le collègue n’avait pas lui-même réussi à parler au beauf dépressif, qu'il aimait pourtant beaucoup, n’avait rien fait et pan ! Un renoncement en appelant un autre…
Bref, je n’ai plus eu le courage de m’y confronter à nouveau. Et me suis dit qu’il reviendrait, peut-être pas trop amoché… et le trip Don Quichote - tout seul contre un système ou face à un gars “parti à l’ouest”, je le sentais plus bien du tout. Lâcheté évidente.
Il est revenu qqs jours (1-2 semaines) plus tard au boulot prendre ses affaires. On apprit qu’on ne le reverrait plus… !!! Hospitalisation longue durée. Peut-être fin de carrière avant de commencer. Je l’ai croisé à la porte et avons échangé qqs mots. Il pleurait fortement. Sa vie, ses projets, ses rêves s’effondraient et il en prenait conscience, cela se ressentait dans les courts échanges. Et il avait tellement changé. Sa personnalité n’était plus du tout la même. Ses yeux, et ce qu’ils exprimaient, non plus, bien que ce n’était qd même pas (encore...) comme l’autre du parking. Mais malgré tout quelques similitudes. Fortement impressionnant ce changement total. Non pas seulement qu’il divaguait - il délirait, divaguait et radotait à fond toutes les 2 phrases - il était plus qu'ailleurs, mais ce qu’on lisait au fond de son regard était un milliard de fois différend que ce qu’on y avait jamais vu. Même au pire de ses colères ou gémissements dépressifs, il était encore une personne droite sur ses pieds et qui existait. Là, rien plus du tout, fini, rideau.
Merci le séjour de “soins”, de “thérapie”, de “traitement de sa maladie” ! Je l’avais pressenti, l’envoyer en HP ct le tuer, humainement parlant. C’est certain qu’il aurait pu s’en sortir par des méthodes douces, mais pas dans ce bouge sinistre. ‘Mass destruction” faudrait-il dire au lieu de traitement. Un tel changement porte les signes du forfait de ses auteurs (en blouse blanche “calmez-vous, une petite piqûre vous fera du bien, vous vous sentirez détendu après cela”). Bon mon sentiment d’alors n’était pas que l’effroi - cela aurait été logique au vu de ce qu’il y avait à voir - mais une immense culpabilité de l’avoir finalement qd même laissé aux mains de ces gens, avec un pressentiment, une crainte dès le début, et qui avait vu parfaitement juste. Et cela se détecte bien vite, quand aussi on n’arrive plus trop à regarder le gars dans les yeux…
Bref un bon moment de drame authentique.
Puis 5 jours + tard environ, tellement bien soigné et pris en charge par nos charcuteurs de cerveau, qui relèguent l’Homme à un rang des plus bestial, réunion informelle au bureau :
M. X nous a quitté ; on l’a repêché dans le canal dimanche dernier.
Expérience difficile à oublier. Il m’a bien fallu qqs années pour ne plus y penser trop.
Je n’avais jamais trop cru que les psych étaient d'authentiques malfaisants, juste qu’ils sont pas compétents, sans plus. J'étais comme d'autres qui pensent qu'il ne faut pas généraliser, "ils sont pas tous mauvais", "certains essayent de soigner les autres". Et que donc cela ne pouvait pas finir en tragédie. Pourquoi donc ?
Après cette expérience, maintenant, j’ai vu et j’ai compris pourquoi certains les considéraient vraiment comme des malfaisants et ce que cela veut dire que de traiter les gens en les prenant pour des animaux, en les shootant « pour qu’ils arrêtent de gigoter » et quelles en sont les conséquences « possibles » et réelles.
Ne soyez pas tendres et "tolérants" avec les psy, ils ne le méritent pas. Vous ne le seriez pas avec d'autres types de personnes ayant jalonné l'histoire. Le point ne se réduit plus alors qu'à une capacité d'observation des choses, de ce qu'il se pratique dans ces HP.
Si qq’un de votre entourage file dépressif, faites tout ce que vous pouvez pour lui éviter le HP, sinon vous le perdrez pour toujours : celui que vous avez connu de toute façon, sa vie physique pour ce qu'il restera de lui peut-être aussi...
Témoignez de ce que cette discipline devenue institutionnelle pour notre plus grand malheur, et qui veut étendre sa sphère d'influence et d'action, tétant aux mamelles de l’assurance maladie fait vraiment, afin que son aura d’institutionnel en prenne pour son grade à sa juste mesure.
Pour ce faire, vous avez un psych buster sur le site : http://www.mensongepsy.com/fr/.